Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Chihayafuru, le karuta pour les nuls

Ecrit par David le 25 mai 2013

Chihayafuru - Tome 2Alors qu’elle est en classe de sixième, la jeune Chihaya n’a ni loisir, ni centre d’intérêt particulier. Même ses rêves ne la concernent pas directement, puisqu’elle les vit par procuration, par l’intermédiaire du désir de sa grande sœur de devenir mannequin. Quand Arata, un camarade de classe, lui fait découvrir le karuta, un jeu de cartes qu’il pratique assidûment, Chihaya franchit les portes d’un univers qui, jusqu’ici, lui était étranger. Initiée par son nouvel ami et entraînant dans son sillage Taichi, un autre copain de classe, la jeune fille est enthousiaste et avide d’apprendre. Au fil des parties, une franche complicité, puis une amitié naissent entre les trois collégiens. Mais l’intérêt pour le karuta, et surtout les liens précieux qui unissent Chihaya à Taichi et Arata pourront-ils perdurer par delà les années ?

Typiquement japonais, le karuta est au cœur de l’intrigue de Chihayafuru. Cette thématique forte fait toute l’originalité du manga de Yuki Suetsugu, qui apparaît comme une invitation à le découvrir. Pour nous, c’est aussi une belle occasion de nous intéresser à ce jeu méconnu. Basé sur la mémoire, les réflexes et l’ouïe, le karuta s’articule autour d’un ensemble de cartes, placées devant les joueurs, et d’un maître du jeu, qui énonce successivement les premières phrases de différents poèmes. Pour les deux adversaires, l’objectif est d’être le premier à récupérer la carte contenant la deuxième moitié du texte lu.

Plus précisément, les cartes du jeu sont partagées équitablement entre les deux joueurs qui les disposent face à eux à leur convenance. Lorsqu’un joueur parvient à récupérer une carte qui fait partie de son jeu, il l’élimine. Si la carte récupérée appartient à l’autre joueur, celle-ci est également éliminée et le premier joueur envoie une de ses cartes dans le jeu de son adversaire. Le gagnant est celui qui se débarrasse le premier de toutes ses cartes. Pour remporter la partie, il est donc essentiel de mémoriser l’emplacement des cartes, tant dans son jeu que dans celui de son adversaire, et d’être le plus prompt à s’en emparer. La maîtrise des différentes cartes du jeu, et donc des différents poèmes, est également indispensable afin de réussir à les identifier le plus tôt possible, avant même que le maître du jeu n’ait fini sa lecture.

Plutôt austère au premier abord, le karuta se montre accessible et attrayant sous la plume de Yuki Suetsugu. Les règles sont parfaitement introduites, de même que les tactiques des joueurs. Très didactique, l’auteure nous offre toutes les clés pour comprendre les parties qui sont jouées dans le manga. De plus, elle réussit à exprimer ce je ne sais quoi de grisant qui rend captivantes les rencontres que Chihaya, Arata et Taichi disputent. Celles-ci profitent également de la présence parcimonieuse de la stratégie et de retournements de situation bien sentis pour gagner en intérêt. Elles se montrent même exaltantes quand nos héros déjouent des pronostics défavorables ou réussissent un coup de maître. C’est donc tout naturellement que l’on se prend au jeu et que l’on se passionne pour l’apprentissage de Chihaya et pour son évolution dans le monde du karuta.

Au-delà des entraînements et de la compétition, Chihayafuru met aussi en avant les vertus d’un tel jeu. Moins individualiste qu’on ne pourrait le croire, le karuta est effectivement propice à l’entraide et à une saine émulation. Ces facteurs favorisent l’apparition de liens forts entre Chihaya, Arata et Taichi. Ainsi, l’envie de progresser, et tout simplement de s’amuser ensemble, cède rapidement la place à une solide amitié. Celle-ci apparaît comme la clé de voûte du manga, pour lequel le karuta n’est finalement qu’une toile de fond. On peut le constater par la place prise par les rencontres, qui n’excèdent jamais plus de quelques pages pour le moment.

Tendres et touchantes grâce à ses trois héros attachants et pleins de vie, les relations humaines teintent le manga d’une couleur chaude et lumineuse. Elles nous réservent également quelques moments d’émotion, parfois un peu difficiles, à l’image de ce que la vie peut hélas réserver à tout un chacun. Il n’est pas non plus à exclure de voir la romance pointer le bout de son nez, histoire de pimenter et de compliquer les rapports entre Chihaya et ses deux amis. La configuration est en tout cas favorable à l’introduction d’un triangle amoureux. Quelle que soit l’orientation du récit, nous ne pouvons qu’espérer qu’elle bénéficiera, comme c’est le cas jusqu’ici, du dessin agréable, expressif et soigné de Yuki Suetsugu, qui illustre et traduit parfaitement les sentiments.

Communicatif, tant dans la passion que dans l’émotion, et prenant, Chihayafuru est donc une très jolie surprise. Ultime preuve de la réussite du titre, à peine un volume terminé, on prolongerait bien l’aventure pour s’offrir une petite partie de karuta. D’ici quelques tomes, ce sera possible grâce à la jolie initiative de Pika Édition d’offrir plusieurs cartes par volume (à raison de huit cartes par tome, le jeu sera complet au volume 13), ainsi qu’un livret compilant les cent poèmes et leur traduction (dans le premier tome).

3 commentaires

La revue de presse du 27 mai au 2 juin | Club Shojo

Le 3 juin 2013 à 19 h 00 min

[…] Chihayafuru, le karuta pour les nuls […]

Pouet

Le 7 juin 2013 à 23 h 04 min

« Alors qu’elle est au collège, la jeune Chihaya n’a ni loisir, ni centre d’intérêt particulier. »

« Au primaire », plutôt, non ?

David

Le 8 juin 2013 à 7 h 30 min

Merci pour la remarque. Je vérifie et corrige ça dès que possible. Sur le résumé de Manga-news, il parle de la classe de 6ème, mais comme les niveaux sont différents au Japon par rapport à la France…

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