Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Billy Bat, l’Histoire revisitée sous l’aile de la chauve-souris

Ecrit par David le 30 mars 2013

Billy Bat - Tome 6Grâce à sa bande dessinée Billy Bat, Kevin Yamagata est un dessinateur reconnu et plébiscité aux États-Unis. Un jour, il apprend fortuitement qu’un personnage similaire au sien existerait au Japon. Fils de parents japonais et ayant vécu quelques années là-bas par le passé, il décide de se rendre sur place afin de constater la ressemblance et de s’en excuser auprès de son auteur, qu’il imagine avoir inconsciemment plagié. Mais, une fois sur place, sa présence semble déclencher une série d’événements extraordinaires qui le dépassent et pourraient avoir des répercussions sur l’avenir de l’humanité. Quel est donc le secret de cette chauve-souris si convoitée ?

C’est sur ce postulat que Naoki Urasawa, le célèbre auteur de Monster, 20th Century Boys, Pluto, Happy ! et du tout récent (en France) Master Keaton, lance son tout dernier manga. Passée la surprise de la reconstitution grandeur nature de quelques pages de la bande dessinée de Kevin Yamagata, on ne tarde pas à reprendre nos marques et à retrouver le dessinateur et le conteur qui nous est familier. Fidèle à ses derniers titres, Urasawa nous propose un thriller rempli de mystères et de rebondissements. De nouveau, il nous balade d’époque en époque, de pays en pays, de personnage en personnage pour nous offrir une gigantesque fresque, dont chaque pan vient compléter le puzzle de la nature de la chauve-souris. Ce faisant, le mangaka s’inscrit dans la lignée d’un titre comme 20th Century Boys.

Dans Billy Bat, il va même encore plus loin. En effet, en effectuant le grand écart entre la menace de la fin de l’humanité et certains épisodes de son lointain passé, l’intrigue et ses enjeux acquièrent vite une envergure démesurée. Les accents surnaturels, déjà présents dans 20th Century Boys bien que très discrets, vont dans le même sens en prenant ici une place centrale, même si, à ce stade, nous ne pouvons être certains de rien. Quoi qu’il en soit, Naoki Urasawa n’a rien perdu de son talent et réussit sans mal à titiller notre curiosité et à nous entraîner dans son nouveau jeu de pistes. Pour ne rien gâcher, les premières réponses apportées, aussi surprenantes que logiques, donnent une impression de cohérence et de solidité à un scénario pourtant complexe. Au sixième tome, même les déçus des précédents mangas de l’auteur (et principalement de leur conclusion) pourraient se réconcilier avec lui et reprendre confiance dans sa capacité à maîtriser son intrigue et à la mener jusqu’à son terme sans défaillir.

Pour Naoki Urasawa, ce nouveau titre est, après 20th Century Boys, une autre occasion de se livrer à une reconstitution historique. Comme en attestent le souci du détail et les nombreuses références disséminées en arrière-plan, il s’agit d’un exercice qu’il apprécie et dans lequel il excelle. Sous sa plume, le décor riche et minutieusement dessiné s’avère aussi saisissant que convaincant. Nous n’avons donc aucun mal à nous immerger dans les différentes époques qu’il nous invite à visiter. Dépaysement garanti. De plus, la présence de certains personnages historiques célèbres donne un certain cachet à la série. Quand l’auteur réécrit l’histoire et ses grands événements sous l’égide de la chauve-souris, il signe un procédé exaltant qui ne donne que plus envie de découvrir ses prochaines réinterprétations historiques et la manière dont le personnage de Billy Bat va s’y insérer.

Face à un tel scénario et à un arrière-plan aussi fourni, les différents acteurs du récit ont logiquement tendance à se placer en retrait. C’est d’autant plus le cas que la chauve-souris, aussi facétieuse que mystérieuse et inquiétante, occupe un rôle prépondérant et accapare toute notre attention. Bien sûr, les personnages sont tout de même bien présents. Décrits avec justesse et très humains dans leurs réactions face à l’incroyable, ils sont les parfaits acteurs de ce récit hors du commun. Malgré tout, il faut reconnaître qu’on ne s’attache pas tellement à eux et que l’auteur lui-même ne s’attarde pas dessus. Il ne s’appesantit pas sur leur passé et se limite souvent au strict minimum pour nous les présenter. Les changements d’époque, et donc de casting, fréquents dans les premiers tomes, ne sont pas non plus étrangers à cet état de fait.

Graphiquement, nous retrouvons le trait caractéristique de Naoki Urasawa. Celui-ci fait toujours des merveilles, tant sur l’expression des protagonistes que sur le réalisme des décors. Ces derniers bénéficient d’ailleurs d’un soin remarquable, qui souligne toute l’importance du contexte dans Billy Bat. La narration, elle, est à la hauteur des précédents succès de l’auteur, avec des variations de rythme et d’intensité parfaitement maîtrisées. Nous sommes en permanence sous tension et totalement suspendus aux événements qui se déroulent sous nos yeux. Enfin, soulignons les nombreux passages issus de Billy Bat (la bande dessinée dans la bande dessinée), parfaitement réalisés. Ils sont un bel hommage aux bandes dessinées d’époque et illustrent la capacité et l’aisance du mangaka à changer de style de dessin selon les besoins.

A mes yeux, Billy Bat est donc une jolie réussite. De la même façon que les titres plus anciens d’Urasawa (Happy !, voire Master Keaton), il parvient à effacer la déception de certains précédents malheureux (principalement la conclusion de 20th/21st Century Boys pour ma part). Certes, les débuts, partagés entre une impression de redite et un fil conducteur incertain, qui souffre des nombreux et déconcertants changements d’époque, ont été un peu timides. Mais, après quelques volumes, les premières briques de l’intrigue prennent tout leur sens et dévoilent une histoire aussi complexe que passionnante et solidement menée. Confiant et impatient quant à la suite de la série, j’espère juste ne pas être déçu lorsque viendra l’heure du dénouement.

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