Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Palepoli, le méli-mélo expérimental d’Usamaru Furuya

Ecrit par David le 2 octobre 2012

PalepoliAvec Palepoli, les éditions IMHO nous invitent à découvrir les surprenants débuts d’Usamaru Furuya. Très éloignée des travaux qu’on connaît déjà de l’auteur, et encore plus de ce qu’on peut attendre d’un manga de facture classique, cette série d’histoires courtes humoristiques voit diverses figures récurrentes intervenir au beau milieu d’une foule de références hétéroclites. Elle est surtout un terrain de jeu pour le mangaka qui se livre à de nombreuses expérimentations graphiques. Sur la forme, avec ses histoires d’une page composée de quatre cases, Palepoli se rapproche de mangas de type « yonkoma », tels qu’Azumanga Daioh.

Au premier abord, ce qui frappe et surprend dans Palepoli, c’est la variété des styles graphiques employés par Usamaru Furuya. S’agissant de sa première œuvre, on pourrait penser que l’auteur tâtonne afin de trouver son propre trait. Si c’est sans doute le cas, au moins en partie, la diversité de l’expression graphique illustre surtout une volonté d’amusement et d’expérimentation de sa part. D’autant que chaque style utilisé apparaît comme une référence marquée à un genre pictural donné. Ainsi, sur toute la longueur de Palepoli, le dessin de Furuya n’est finalement que rarement proche de celui qu’il adoptera dans ses futurs travaux.

Tour à tour, le mangaka se prend pour Takao Saitô (Golgo 13), Moto Hagio (Le Cœur de Thomas), Tetsuya Chiba (Ashita no Joe), ou encore Osamu Tezuka. Et il ne s’arrête ni à son pays, évoquant à plusieurs reprises des influences plus occidentales (américaines, notamment), ni à son époque, allant jusqu’à s’inspirer de courants artistiques comme le pointillisme ou même des gravures religieuses. De plus, loin de se limiter au seul dessin, les références dont regorge Palepoli servent aussi de base au contenu de ses histoires. Hélas, malgré la présence de quelques notes explicatives en bas de page, il faut bien reconnaître que toutes les allusions ne sont pas forcément accessibles à tous, ce qui nous prive de certaines clés de compréhension.

Fort heureusement, ce désagrément ne concerne pas la majorité des histoires de Palepoli. Effectivement, nombreuses sont celles qui ne nécessitent pas de culture particulière pour faire mouche. Usamaru Furuya y déploie un humour spontané et impertinent et nous interpelle grâce à son esprit subtil et à son sens de l’observation de la société et de ses travers. Il se montre également à son aise dans le format du « yonkoma ». Ainsi, on parcourt chaque page du recueil dans l’attente de découvrir quelle chute amusante et originale l’auteur nous a concoctée.

De plus, Palepoli joue beaucoup sur le comique de répétition, avec des gags et des situations qui se reproduisent, ainsi que des personnages qui reviennent à plusieurs reprises. Ces apparitions récurrentes nourrissent le sens comique du manga et nous permettent d’essayer d’anticiper la chute de certaines scènes. Enfin, le jeu de l’auteur avec la planche, notamment dans la série du fantôme des planches rejetées, constitue une réelle interaction entre l’histoire et l’ouvrage physique que l’on tient en main, et s’avère aussi bien pensé qu’amusant.

Aussi bien visuelle que scénaristique, la verve d’Usamaru Furuya dans Palepoli ne laisse donc pas indifférent. On y découvre un auteur insolent, malmenant ses références nombreuses et variées, dans une bonne humeur communicative. Entre humour et expérimentations graphiques, ce titre à part mérite le coup d’œil, averti certes, mais au-delà du cercle des initiés du mangaka.

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