Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Le Berceau des Esprits, la paranoïa s’invite à bord et elle n’est pas seule…

Ecrit par David le 28 août 2012
Le Berceau des Esprits - Tome 4

Le Berceau des Esprits – Tome 4

Rien ne prédestinait Makoto, Takigawa et quelques autres camarades de leur classe de lycée à devenir les seuls rescapés de leur voyage scolaire à bord d’un paquebot. Et pourtant… Tout commence lorsque l’un de leurs professeurs devient fou et se met à attaquer ses élèves. Par un enchaînement d’événements qui dépasse totalement nos jeunes lycéens, leur bateau chavire alors. A peine remis de leurs émotions, Makoto et les autres survivants n’ont pas le loisir d’attendre tranquillement les secours. En effet, le mal qui a affecté leur professeur semble se propager autour d’eux. Face aux contaminés, avides de chair fraîche, et à certains rescapés qui ont leur manière bien à eux de gérer ce péril, ils se retrouvent alors à devoir lutter pour leur survie à bord du navire.

Avec le Berceau des Esprits, Kei Sanbe nous offre un huis-clos diabolique au suspense redoutable. La performance tient autant dans le développement de situations perdues d’avance pour les personnages principaux, qu’en une vraie science du coup de théâtre. Évidemment, les courses-poursuites et les combats déséquilibrés, où les protagonistes, acculés, se défendent comme ils le peuvent, font leur effet. D’autant que l’auteur, sans pitié avec eux, réussit à nous faire trembler pour leur avenir. D’autre part, la multiplication des points de vue et des scènes racontées en parallèle enrichit le récit. Elle lui amène une certaine saveur et une nouvelle dynamique lorsque ces différents points de vue se recoupent. Enfin, le mystère entourant l’origine de la contamination, développé en filigrane tout au long du récit, participe aussi à l’attraction qu’exerce le manga de Kei Sanbe sur nous.

Son suspense acéré, le Berceau des Esprits le doit également à la tension générée par des affrontements qui sont finalement plus psychologiques qu’autre chose. En effet, plusieurs personnages sont des manipulateurs dotés d’une grande intelligence. Se jouant des apparences, ils font en sorte d’avoir en permanence un coup d’avance sur leurs adversaires et cherchent à les influencer afin d’arriver à leurs fins. Certains d’entre eux n’étant pas ce qu’ils semblent être, la méfiance s’installe et vire vite à la paranoïa. Souvent informés des réelles intentions de chacun (notamment par l’intermédiaire des monologues intérieurs), nous assistons alors à un jeu diabolique et captivant dont il est impossible de deviner l’issue.

Toutefois, la présence de tels manipulateurs nous fait également toucher du doigt un reproche que l’on pourrait faire au Berceau des Esprits. En effet, alors que nos héros ne sont que des lycéens lambda, un certain nombre d’entre eux a un comportement pour le moins surprenant. Ils peuvent ainsi apparaître un peu trop intelligents, machiavéliques, calmes, cruels ou même dérangés pour ce qu’ils sont censés être. C’est également le cas de certains passagers ou membres de l’équipage du paquebot. Néanmoins, cela ne nous empêche pas de nous immerger dans le récit de Kei Sanbe et ne nous fait jamais en décrocher. Effectivement, passé ce postulat, les personnages se révèlent plutôt bien développés et cohérents. Ils se montrent donc convaincants dans le contexte du Berceau des Esprits.

La justesse du casting résulte également du trait de Kei Sanbe, toujours aussi expressif, qui leur donne vie. Déjà connu et apprécié pour L’Île de Hôzuki ou Kamiyadori, l’auteur nous fait une nouvelle fois profiter de la qualité de son dessin. Il se montre notamment très à l’aise dans cette ambiance horrifique poisseuse. Avec leurs airs de morts-vivants, les contaminés, de même que les actes de tueries perpétrés, font froid dans le dos. De leur côté, les nombreuses péripéties bénéficient d’un graphisme dynamique et d’une mise en scène virevoltante.

Avec Le Berceau des Esprits, Kei Sanbe nous offre donc un divertissement extrêmement bien réalisé et d’une efficacité redoutable. Malgré un léger manque de finesse, c’est aujourd’hui une œuvre que je suis avec ferveur et dont j’attends à chaque fois la suite avec grande impatience. Récemment paru au Japon, le cinquième tome (pour un total prévu de six) n’est pas encore annoncé chez nous.

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