Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Freesia – Tome 6

Ecrit par David le 4 juin 2011
Freesia - Tome 6

Freesia - Tome 6

Après Mizoguchi, suivi psychologiquement et sous traitement médicamenteux, qui peine à avoir les idées claires et à exercer son métier, c’est Ichirô qui se blesse au cours d’une mission. Démunie, l’agence Katsumi doit s’en remettre à Hiroshi, pourtant mis à l’écart en raison de son état instable. Alors qu’une mission d’envergure se prépare, ce dernier, toujours aussi confus, commence à évoluer lorsque Keiko, sa petite amie, est agressée sous ses yeux.

Pour son sixième volume, Freesia ne change pas de recette et continue d’enchaîner les épisodes indépendants, de longueur variable. Après Ichirô, qui prend de plus en plus de confiance et d’envergure, et Mizoguchi, complètement désorienté, dans les tomes précédents, Jiro Matsumoto revient ici sur le personnage de Hiroshi. Ce faisant, il se rapproche de ce qui ressemble le plus à un fil conducteur dans son récit, à savoir le passé de son héros et le pourquoi de son état. Si le personnage, toujours aussi embrumé, avance peu à peu dans ses réflexions, il n’en reste pas moins complètement déconnecté de la réalité. Les indices à son propos étant minces, pour ne pas dire absents, on reste donc au point mort. Néanmoins, aussi sensible soit-elle, son évolution constitue en elle-même un changement notable et contribue à l’avancée du scénario. En effet, l’auteur nous donne constamment le sentiment que plus Hiroshi y verra clair, plus nous aurons de clés pour comprendre Freesia. En outre, le personnage exerce une forme de fascination, que ce soit par le mystère qui l’entoure ou par son regard détaché de la réalité. Paradoxalement, sa confusion et ses réflexions décalées amènent effectivement le recul d’une analyse objective de certains pans de la société, dont ils mettent en avant certains déséquilibres. C’est une des grandes réussites de Freesia.

En fin de volume, comme il l’a déjà fait par le passé, Jiro Matsumoto prend le temps d’introduire la prochaine affaire de l’agence Katsumi. L’action, toujours percutante lors de ses quelques incursions, n’étant pas encore au rendez-vous, l’auteur s’attarde sur les différents intervenants, nous présentant leurs vies, leurs personnalités et les raisons pour lesquelles ils sont concernés. Pas forcément glorieux ou élogieux, les portraits apparaissent plutôt justes et convaincants. Ils sont également dotés d’une portée un peu critique et ironique, que souligne bien l’exagération bien sentie de certains comportements. Surtout, ils permettent d’accroître notre implication. En effet, face à des figures avec lesquelles nous avons pu faire connaissance, le déroulement et l’issue de la vengeance à venir nous laisseront d’autant moins indifférents, que ce soit dans un sens ou dans un autre, selon les protagonistes. De plus, le mangaka nous laisse toujours un peu partagés, entre ses personnages principaux, tous un peu désaxés, et leurs cibles, bien plus humaines. Enfin, cette mise en place soignée crée une attente vis à vis du prochain volume de Freesia et, en particulier, de ce qu’il va advenir de ces nouvelles têtes et de Hiroshi, qui est chargé de leur exécution.

Freesia se poursuit donc avec un sixième volume de bonne facture. Si le surplace de l’intrigue principale (mais existe-t-elle seulement ?) peut frustrer, l’auteur réussit à nous plonger dans son univers sordide et violent. Atmosphère, réflexion et divertissement sont au rendez-vous pour un titre définitivement à part et prenant, mais dont je ne peux m’empêcher d’attendre davantage. Le tome 7 de Freesia sortira en France le 11 août.

Ajouter un commentaire