Sprite – Tome 1
Sprite - Tome 1
Entre son ami d’enfance et son oncle, qui restent enfermés chez eux à longueur de journée, Yoshiko, surnommée Sû, est bien servie en asociaux et en reclus de la société en tout genre. Gentille et attentionnée, la lycéenne prend néanmoins le temps de s’occuper d’eux, recopiant les devoirs de l’un et s’occupant des courses de l’autre. Un jour, alors que Sû est chez son oncle pour lui ramener des provisions, un violent tremblement de terre survient, aussitôt suivi d’une immense vague d’eau noire, qui ravage et engloutit la ville. Notre héroïne et ses compagnons d’infortune ne doivent leur survie qu’à leur présence au dernier étage d’un gratte-ciel et à l’étonnante résistance de celui-ci face à la catastrophe. A peine remis du choc, ils constatent que cet événement n’est que le premier d’une série étrange et mystérieuse.
Si Sprite commence comme un récit catastrophe de facture classique, on se rend vite compte que les apparences sont trompeuses. En effet, un certain nombre d’éléments, qu’il s’agisse du mystérieux tsunami noir ou de l’importance donnée au jeu vidéo en ligne de l’oncle de Sû, invitent à s’interroger sur la réelle nature des événements. Rapidement fournies, les premières explications concrètes renforcent nos doutes et placent le titre dans un registre oscillant entre fantastique et science-fiction. Cette orientation, qui profite d’un scénario particulièrement recherché, donne au manga toute son originalité. Ainsi, le déroulement de ce volume introductif interpelle et surprend, notamment dans ses dernières pages. Bouleversant la donne et dégageant un délicieux parfum d’incertitude, celles-ci donnent très envie de découvrir la suite des événements. De ce point de vue, et de par les promesses qu’il suscite, Sprite est une franche réussite.
Pourtant, le tableau est loin d’être idyllique pour le manga de Yugo Ishikawa. En effet, malgré une histoire bien troussée et peu commune, je ressors quelque peu mitigé de ma lecture de ce premier volume. La faute en incombe principalement aux personnages. Sans vraiment se distinguer, Sû, avec son caractère fade et passe-partout, est peut-être celle qui s’en sort le mieux. Les autres protagonistes, eux, souffrent d’une personnalité sommaire et de réactions beaucoup trop exagérées et caricaturales. Difficile de s’immerger dans le récit quand ses acteurs et leurs comportements semblent aussi artificiels. C’est franchement dommage, d’autant qu’on ne demande qu’à plonger pleinement dans l’atmosphère noire et désespérée que cherche à instaurer l’auteur. De plus, la façon dont sont amenées les premières explications sur le phénomène est, elle aussi, un peu grossière et abrupte. Enfin, le dessin, s’il assure le minimum, manque quelque peu de relief et de caractère.
C’est donc sur une impression partagée que je quitte ce premier volume de Sprite. Si les maladresses dont souffrent les protagonistes viennent contrarier l’immersion, elles ne font toutefois pas oublier un scénario original et alléchant. De plus, il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit que d’une introduction et que, sans compter les progrès potentiels de l’auteur, le titre n’a encore rien révélé de sa direction future. Pour ma part, l’espoir du meilleur à venir, les promesses entrevues et la chute de ce volume justifient de poursuivre la lecture de Sprite et de laisser à l’œuvre le temps de faire ses preuves. Je ne manquerai donc pas le rendez-vous du deuxième tome, prévu le 13 juillet en France.
