Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Je ne suis pas un homme – Tome 1

Ecrit par David le 19 mai 2011
Je ne suis pas un homme - Tome 1

Je ne suis pas un homme - Tome 1

A la recherche d’un sujet pour sa prochaine œuvre, Usamaru Furuya, mangaka, tombe par hasard sur le site Internet autobiographique de Yôzô Ôba. « Il y a eu trop de honte dans ma vie », c’est par cette phrase que ce dernier débute son histoire. Comment, en huit ans, cet adolescent de dix-sept ans, bien sous tous rapports, a-t-il pu sombrer à un point tel que son évolution en photos laisse sans voix ? C’est cette déchéance que Furuya va découvrir au fil de sa lecture des écrits d’Ôba.

Avec le parti pris original de se mettre en scène, Usamaru Furuya adapte librement un roman d’Osamu Dazai, La Déchéance d’un Homme, et nous raconte le parcours de Yôzô Ôba. Très présente, la narration est effectuée par le personnage central de l’histoire, qui nous livre ses pensées telles que le mangaka les lit sur son site Internet. Le récit débute alors qu’Ôba est un lycéen à qui tout semble sourire. Rien ne nous prépare à voir sa vie basculer, si ce n’est le malaise profond qu’il ressent vis à vis de la société et qu’il aborde très tôt. Tout en n’oubliant jamais d’évoquer les épisodes clés de son enfance, l’auteur nous retrace alors les différentes étapes de sa chute, ainsi que les rencontres qui vont le marquer et le faire évoluer. En filigrane, c’est évidemment le portrait du protagoniste principal, de la fêlure de son cœur aux origines de celle-ci, qui se dessine peu à peu.

A la lecture de Je ne suis pas un homme, plus que l’intrigue en elle-même, c’est le personnage de Yôzô Ôba qui retient toute notre attention. Raison d’être et moteur du récit, il occupe une place prépondérante au sein de celui-ci, ne serait-ce que par l’omniprésence de ses interventions narratives. Le jeune homme habite littéralement les pages du manga, qui débordent de toute sa folie et de ses tourments. Ces derniers, qu’il semble nous jeter à la figure, nous prennent véritablement à la gorge et nous plongent dans une atmosphère un peu sordide. Effectivement, Yôzô Ôba est une figure complexe, instable, et surtout hors normes, ne connaissant aucune limite, ni dans la débauche, ni dans la lâcheté, ni la manipulation. Pourtant, Furuya réussit à en faire un protagoniste particulièrement humain et convaincant. Malgré son caractère difficile et certains choix révoltants, le personnage sait se faire comprendre du lecteur, voire susciter de la compassion ou de l’empathie. On ne reste donc jamais indifférent devant son parcours, ce qui est la preuve de la grande réussite du mangaka dans le portrait qu’il nous dresse d’Ôba.

Je ne suis pas un homme est également l’occasion de profiter d’un travail graphique remarquable. Par le passé, outre son trait caractéristique, tout en crayonné, fin, fouillé et plein de vie, Usamaru Furuya a déjà eu l’occasion de dessiner des planches fantasmagoriques détaillées, illustrant l’imaginaire et l’intérieur de ses personnages (je pense notamment à L’Âge de Déraison). Dans ce nouveau manga, il poursuit dans cette direction et, grâce à Ôba, dispose de la caution idéale pour aller encore plus loin. Il nous livre ainsi des tableaux torturés à souhait, étouffants, qui nous font ressentir le malaise de son héros. L’ensemble est fort bien mis en valeur par le grand format de l’édition française, qui, pour le coup, se justifie amplement.

Ce premier volume de Je ne suis pas un homme fait donc très forte impression. On ne ressort pas indemne de cette œuvre violente et crue, qui profite d’un dessin à la hauteur de la folie de son personnage central. S’il peut mettre mal à l’aise, le titre exerce surtout une attraction évidente, tant et si bien que l’on attend désormais avec impatience la suite de la déchéance de Yôzô Ôba. Le deuxième et dernier tome sortira le 17 août en France.

2 commentaires

Chiboudi

Le 31 mai 2011 à 15 h 28 min

La jaquette m’a déjà titiller l’oeil et ton avis sur ce premier tome me donne vraiment envie de le lire ! Il y a une ambiance qui peut vraiment me plaire dans se manga.

Mang'Impressions » L’année 2011 du manga vue par le petit bout de ma lorgnette

Le 4 janvier 2012 à 20 h 16 min

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