Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Ristorante Paradiso, Gente : Bienvenue à la Casetta dell’orso !

Ecrit par David le 15 août 2010
Ristorante Paradiso

Ristorante Paradiso

Restaurant situé à Rome, la Casetta dell’orso connaît une telle popularité qu’il est indispensable de réserver à l’avance pour pouvoir y manger. Mais, plus que la qualité de sa nourriture, sa clientèle, majoritairement constituée de femmes, se précipite surtout pour profiter du personnel de l’établissement. C’est effectivement une équipe de beaux mâles d’âge mûr, portant tous des lunettes de presbyte (la précision n’est pas anodine), qui accueille et sert les clients.

Le temps de 4 volumes (le one-shot Ristorante Paradiso et les 3 tomes de Gente), Natsume Ono, auteure de Goyô, nous propose de suivre le quotidien de cet étonnant restaurant. Les chapitres qui se succèdent sont autant de tranches de vie, toutes placées sous le signe de l’ordinaire. Chacun d’eux se base sur une anecdote dont il se sert comme d’un prétexte pour nous faire pénétrer dans le quotidien d’un personnage, qu’il s’agisse d’un employé de la Casetta dell’orso, d’un proche ou d’un client du restaurant. Au fil des épisodes, les différents acteurs du manga sont ainsi mis en avant, nous dévoilant leur manière de vivre, leur personnalité ou des bribes de leur passé. En filigrane, ces éléments dessinent peu à peu les dilemmes, généralement sentimentaux, qui se posent à eux et avec lesquels on les voit se débattre tout au long de l’œuvre.

Avec la vie du restaurant et les changements de personnel de celui-ci, l’évolution des personnages et de leurs sentiments constitue d’ailleurs le seul fil conducteur de Gente et de Ristorante Paradiso. Sans enjeu, ni problématique à résoudre, l’œuvre apparaît comme un simple extrait du quotidien d’un petit cercle de personnes que l’on suit au travers d’une sélection d’épisodes-clés de leur vie. Rafraîchissant et sans prétention, ce choix donne toute la primeur aux protagonistes et rend finalement leurs existences plus crédibles. Il s’apprécie d’autant plus que Natsume Ono excelle dans la représentation de leur tempérament et de leurs états d’âme.

Effectivement, les différents personnages ont tous leur petit caractère, avec des qualités et des défauts bien sentis, qui leur donne une certaine épaisseur et les rend hautement sympathiques (avec une mention spéciale aux personnages féminins, tels que Nicoletta, plus pétillants que leurs homologues masculins). De plus, le dessin, d’apparence maladroite, accentue leur personnalité et leurs émotions, notamment grâce à des expressions de visages très convaincantes. Grâce à cela, ainsi qu’au naturel des dialogues, leurs hésitations sont parfaitement traduites et n’ont aucun mal à nous parler et à nous toucher. Seul bémol : une certaine difficulté lors de la première lecture à identifier les différents employés du restaurant (difficulté heureusement atténuée par les utiles présentations des acteurs situées sur le rabat de la jaquette).

Au-delà de ces jolis portraits, la réussite la plus probante de Ristorante Paradiso et de Gente tient certainement dans leur atmosphère. Pour un peu, on se prendrait presque pour un client de la Casetta dell’orso, tant le calme et la sérénité qui se dégagent des titres apparaissent comme un écho à l’ambiance du restaurant. En fait, l’œuvre donne l’impression de se dérouler dans une bulle ou un vase clos, isolant les personnages des tourments du monde extérieur. Leur routine et leur tranquillité ne sont jamais vraiment perturbées, ce qui leur laisse tout le loisir de se poser, de discuter et de démêler leurs sentiments à tête reposée. Certes, le réalisme en pâtit sensiblement, mais cette vision fantasmée d’une vie simple et insouciante a un formidable effet reposant.

C’est donc avec grand plaisir que l’on partage pour un temps le quotidien de la Casetta dell’orso. La justesse des personnages et de leurs émois réussit à nous toucher et nous fait passer un excellent moment de lecture. Très à l’aise dans la chronique de la vie de tous les jours, Natsume Ono nous donne envie de la voir de nouveau évoluer dans ce registre, proche de Goyô par certains aspects (l’importance du quotidien, le portrait de différents personnages), tout en se montrant plus ordinaire et paisible.

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