Naru Taru – Tome 6

Naru Taru - Tome 6
Qu’elle est loin l’innocence trompeuse des premiers tomes de Naru Taru. Pour ceux qui en doutaient encore, le sixième opus du titre de Mohiro Kitoh voit le malaise, sous-jacent depuis le début de la série, exploser dans un déferlement de violence aussi cruel qu’éprouvant. Pour le coup, on comprend un peu mieux pourquoi Glénat avait interrompu le titre il y a quelques années. A l’inverse, il est surprenant de voir ce volume sortir sans emballage cellophane et avec un avertissement « pour public averti » qui se signale surtout par sa discrétion.
Dans ce tome bouleversant, Mohiro Kitoh s’intéresse aux brimades scolaires à travers les parcours respectifs d’Akira et surtout de Hiroko, une camarade de classe de Shiina. Ce sont de véritables actes de torture que cette dernière subit au quotidien. L’ayant pris en grippe, ses bourreaux la maltraitent avec un détachement et un profond mépris qui mettent mal à l’aise et font froid dans le dos. On vit ces sévices et ces humiliations avec une colère et un sentiment d’injustice, qui ne rendent que plus troublantes les tueries qui surviennent par la suite. Effectivement, à la violence psychologique, succède une violence physique qui nous explose à la figure et vient concrétiser toutes les souffrances de la jeune Hiroko. Une sorte de retour des choses qui ne peut que nous interroger quant aux faits et aux décisions qui ont fait basculer autant de vies.
Une nouvelle fois consacré à un épisode indépendant, le sixième volume de Naru Taru précise un peu plus le propos de Mohiro Kitoh. Comme l’atteste l’absence du moindre éclaircissement sur son scénario, il semble de plus en plus évident que les mystères ne constituent qu’une toile de fond, et en aucun cas l’objet principal du manga. A travers les portraits des personnages, l’auteur semble privilégier les tranches de vie et la banalité d’un quotidien dont il souligne les injustices et la violence sourde. Il en résulte un tableau de l’ordinaire qui, par contraste et par décalage, ne fait que davantage ressortir la folie qui y intervient subrepticement. Dans ce cadre, les Ryunoko apparaissent finalement comme la simple expression de la détresse et de la rage qui habitent les victimes de la société. Grâce à ses personnages extrêmement humains et à son dessin qui traduit parfaitement leurs états d’âme, Naru Taru se montre en tout cas on ne peut plus éloquent, et par la même occasion, aussi saisissant que dérangeant.
Au milieu de cette folie, Shiina, avec son innocence, sa bonne volonté et son enthousiasme, constitue autant l’avatar du lecteur que son seul réel repère. Tout comme lui, elle souffre de cette succession de situations atroces, qui apparaît de plus en plus comme une torture psychologique visant à la faire vaciller. Alors qu’elle semble plus fragile que jamais, son devenir demeure notre préoccupation majeure. Si on ajoute à cela la fin à suspense de ce sixième volume et l’état de choc dans lequel il nous laisse, on ne peut qu’être impatient de découvrir le prochain tome de Naru Taru, dont la sortie est prévue le 3 novembre en France.
