Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Blessures Nocturnes – Tomes 1 à 6

Ecrit par David le 8 août 2010

Blessures Nocturnes - Tome 6Professeur du soir dans un lycée, Osamu Mizutani est surtout connu, en tant que « guetteur », pour ses virées nocturnes. Au cours de celles-ci, il arpente les rues de la ville et vient en aide aux enfants en détresse qui croisent son chemin, que ce soit en les accompagnant au quotidien, en leur redonnant confiance en eux, en leur trouvant un travail ou en les affranchissant de l’influence néfaste de toute personne mal intentionnée à leur égard (qu’il s’agisse de leurs parents, de leurs professeurs, ou même de yakuzas). Il diffuse également ses coordonnées, afin que toute personne en ressentant le besoin puisse le contacter par elle-même. Personnage central du manga, Osamu Mizutani est aussi et surtout son scénariste. Sous la forme d’une collection d’histoires courtes, Blessures Nocturnes est en fait la mise en images par Seiki Tsuchida (auteur de Under the Same Moon, également disponible chez Sakka) de ses nombreuses expériences auprès de jeunes en difficulté.

Inspirées de faits réels, les histoires de Blessures Nocturnes adoptent toutes une structure relativement similaire. Chacune d’elles nous permet de faire la connaissance d’un nouvel adolescent. A travers sa rencontre avec Mizutani et la manière dont celui-ci va s’occuper de lui, on découvre sa situation actuelle, les difficultés auxquelles il est confronté, ainsi que les circonstances qui l’y ont conduit. Les récits ont beau être relativement courts, les enfants ne tardent pas à s’imposer à nous en tant qu’êtres humains à part entière. Chacun d’eux a sa personnalité, sa manière d’être et se révèle aussi attachant que convaincant. Même après six volumes, on ne ressent jamais l’impression de répétition, tant chaque jeune a une identité forte qui le rend unique. On devine également toute l’affection qu’a l’auteur pour ses personnages et celui-ci réussit fort bien à nous la transmettre. Dans ces conditions, on ne peut qu’être ému par leurs difficiles conditions de vie et la manière dont ils vont se battre pour que cela change.

Dramatiques, captivants et éprouvants, les récits le sont d’autant plus que l’on s’attache aux différents adolescents qu’ils mettent en avant. Ils profitent également d’un déroulement imprévisible qui ne laisse jamais deviner quelle sera leur issue. Si certains d’entre eux se terminent par un joli « happy end », d’autres connaissent au contraire une fin cruelle et tragique. Dans un cas comme dans l’autre, l’émotion se fait presque palpable et particulièrement intense dans la joie, et plus encore dans la tristesse. De plus, on garde constamment à l’esprit que ces drames du quotidien sont inspirés d’histoires vraies. Les touchants commentaires du scénariste, qui viennent s’intercaler entre chaque chapitre, nous le rappellent constamment, en remettant dans leur contexte réel les récits de Blessures Nocturnes. Cet état de fait influence notre perception de ceux-ci et décuple encore davantage les sentiments que l’œuvre suscite.

Si les enfants constituent le cœur de Blessures Nocturnes, en arrière-plan, c’est le portrait du professeur Mizutani qui se dessine peu à peu. Avec son rôle de bienfaiteur plein de bonne volonté et de générosité, on pouvait craindre qu’il apparaisse lisse et sans personnalité. Trop parfait en somme. Mais ce n’est pas le cas. Au contraire, on découvre un personnage avec son caractère, ses idées parfois trop arrêtées et ses convictions. S’il se montre persévérant, il lui arrive également de s’entêter plus que de raison. On le voit parfois faire des erreurs, les regretter et essayer de les réparer, ce qui ne le rend que plus humain. Évidemment, l’image que l’on se fait de lui au sortir de Blessures Nocturnes est difficilement autre qu’élogieuse : il s’agit tout de même d’un être qui sacrifie tout, sa santé, sa vie de famille et son temps, pour venir en aide aux adolescents et ce, quelle que soit leur situation ou les dangers qui les entourent. A l’image des enfants qu’il soutient, lui aussi apparaît comme un personnage profondément marquant et son optimisme et la confiance qu’il place dans ses petits protégés font chaud au cœur.

Avant de conclure, un petit mot sur le dessin de Seiki Tsuchida. Avec son trait propre et soigné, le dessinateur œuvre dans le style profondément réaliste qui était déjà le sien dans Under the Same Moon. Les personnages ont des physionomies bien distinctes, qui reflètent parfaitement leur caractère et leur état d’esprit. Enfin, pour accentuer l’émotion, le mangaka use régulièrement de gros plans très détaillés sur les visages des protagonistes, qui se signalent par une expressivité plus vraie que nature. Dénué de toute fantaisie, le graphisme de Seiki Tsuchida convient en tout cas parfaitement à Blessures Nocturnes et ancre un peu plus le titre dans la réalité, participant en cela à la force d’attraction que le titre exerce sur le lecteur.

Blessures Nocturnes n’est donc clairement pas le genre de mangas qu’on lit simplement pour se détendre. Divertissante, certes, avec ses histoires touchantes et bien menées, l’œuvre se distingue surtout par les destinées tragiques qu’elle met en avant et par le condensé d’émotions qu’elle procure. En filigrane, Osamu Mizutani nous laisse un message, une invitation, un devoir presque : celui d’aller vers les autres, que ce soit pour les aider ou simplement pour leur parler, échanger et s’ouvrir à eux.

2 commentaires

Seb

Le 9 août 2010 à 17 h 44 min

Une critique à l’image de la série : d’une grande justesse.
Content que ça t’ait plu.

David

Le 9 août 2010 à 19 h 33 min

Merci pour le commentaire, et pour m’avoir aiguillé sur cette série.

Je n’ai qu’un regret, c’est que le volume 7 ne soit pas encore annoncé par Sakka. L’éditeur semble ralentir le rythme (pour des raisons de manque de popularité du titre, j’imagine). C’est dommage car, si je ne me trompe pas, la série n’est qu’à 3 volumes de son terme (9 volumes en tout).

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