Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

Pluto – Tomes 1 et 2

Ecrit par David le 5 mars 2010
Pluto - Tome 1

Pluto - Tome 1

Absent en France depuis la fin de 20th Century Boys (21st Century Boys pour être précis) en juillet 2008, Naoki Urasawa profite de 2010 pour faire son grand retour chez nous. A un peu plus d’un mois de l’arrivée chez Panini Manga de Happy!, la comédie tennistique de l’auteur, c’est Kana qui ouvre le bal avec la publication de Pluto.

Deux meurtres mystérieux surviennent à des endroits distincts. La première victime est Mont-Blanc, l’un des robots les plus puissants du monde, héros de guerre aimé de tous, et la deuxième, un humain défenseur des libertés des robots. De prime abord, ces deux crimes n’ont rien en commun. Pourtant, tous deux présentent une même macabre mise en scène : deux cornes ornent la tête des dépouilles. Qui est responsable de ces meurtres ? Quel secret cachent-ils ? Alors que des cas similaires se produisent, l’inspecteur Gesicht, un autre robot parmi les plus perfectionnés existants, mène l’enquête pour le compte d’Europol.

Pluto est l’adaptation d’un épisode du manga Astro Boy d’Osamu Tezuka : « Le robot le plus puissant du monde ». Pourtant, si l’on excepte la présence de personnages emblématiques (en tête desquels on trouve Astro, le fameux petit robot), la filiation du titre de Naoki Urasawa avec l’oeuvre de Tezuka ne saute pas aux yeux. En effet, Pluto s’inscrit, tant graphiquement que scénaristiquement, dans la lignée des derniers travaux d’Urasawa, Monster et 20th Century Boys. Le lien entre les deux oeuvres frappera certainement un connaisseur de l’oeuvre de Tezuka, à plus forte raison s’il a lu l’histoire en question, mais ce n’est pas mon cas, mon expérience avec le célèbre auteur se limitant à la lecture du seul Ayako, ainsi qu’à celle de l’excellent Manga 10000 Images qui lui est consacré.

Avec Pluto, Naoki Urasawa nous offre un nouveau thriller diabolique. D’emblée captivante, l’oeuvre profite d’une mise en place rapide et efficace et ne tarde pas à accrocher le lecteur. Les meurtres mystérieux se succèdent et donnent furieusement envie de découvrir ce qui se cache derrière eux. La présence d’un passé lourd, pour le moment simplement évoqué, liant les victimes aux personnages principaux de Pluto, suscite également la curiosité, ainsi que l’inquiétude quant au sombre avenir qui leur semble promis. Comme dans Monster et 20th Century Boys, Naoki Urasawa joue avec brio sur le suspense, le mystère et l’enchaînement des rebondissements pour séduire le lecteur et le rendre accroc à son intrigue.

Outre le thriller, Naoki Urasawa accorde une place non négligeable à l’émotion, par le biais de tranches de vie consacrées à ses personnages secondaires. Le temps de quelques chapitres, il met entre parenthèses son intrigue pour exposer leur vie et leurs souffrances. C’est l’occasion de moments touchants, parfois un peu « tire-larmes », qui prennent encore de plus de sens et d’intensité lorsqu’ils entrent en collision avec l’histoire principale. Le récit tourne alors au drame et les sentiments qu’il parvient à faire ressentir au lecteur apportent une autre facette aux qualités du titre. On retrouve là un procédé déjà très utilisé (et parfois même trop, tant cela s’apparentait sur la fin à un délayage excessif de l’intrigue) dans Monster et 20th Century Boys.

La plupart des personnages que met en avant Pluto sont des robots, ce qui ne les empêche pas de se montrer très touchants. Prétendument incapables de ressentir des émotions, beaucoup d’entre eux montrent une volonté forte d’imiter les humains, jusque dans leurs habitudes et comportements les plus anodins. Toutefois, l’écart qui les sépare de ceux-ci leur paraît infranchissable et semble les affecter, tout comme le dédain dont ils sont victimes de la part de certains hommes. Cette tristesse qu’ils paraissent ressentir, de même que leur vaine quête d’humanité, les rend justement, et étonnamment, très humains et donne à Pluto une atmosphère mélancolique aussi surprenante que saisissante.

Avec un total de 8 volumes, Pluto devrait éviter les longueurs qui ont pénalisé Monster et 20th Century Boys. Espérons également que sa fin soit à la hauteur, ce qui n’a pas toujours été le cas chez Naoki Urasawa, qui, s’il excelle dans les entames en fanfare, se montre nettement moins à l’aise lorsqu’il s’agit de conclure ses histoires. En attendant, on tient là un titre de très grande qualité dont on pourra lire la suite au mois d’avril. Il me tarde d’y être.

2 commentaires

Kaïl

Le 8 mars 2010 à 21 h 33 min

Naoki URASAWA semble user de procédés déjà rencontrés dans ses deux précédentes créations sans que le lecteur averti n’éprouve de gêne à cet égard. En d’autres termes, ça ne sent pas le réchauffé à plein nez.
A la base, Pluto s’appuie donc sur un fragment d’un récit de TEZUKA. Rien que pour cet aspect, je m’y plongerai une fois les huit tomes édités.

Huto

Le 27 mai 2010 à 21 h 42 min

Je vais être honnête. Bien que connaissant Astro Boy je ne l’ai jamais vraiment lu. Malgré cela Pluto est un manga m’attirant pour son intrigue poussée et ses personnages travaillées (selon de nombreuses impressions dont les tienne). Le genre de manga qui se démarque des autres et qui montre au grand public que le manga n’est pas qu’une tonne de shonen à base de combats et sans réelle profondeur.

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