Le Dernier Eté de mon Enfance

Le Dernier Eté de mon Enfance
A l’occasion des funérailles de sa mère, Haru, jeune femme pleine de doutes concernant son avenir, revient dans le village de son enfance. Peu appréciée des habitants en raison de la vie dissolue de sa famille, elle va toutefois se lier d’amitié avec un groupe d’enfants et, entre un secret trop lourd à garder et des jeux aux accents de grande aventure, vivre un été riche en émotions.
Adaptation libre des Aventures de Tom Sawyer, de Mark Twain, Le Dernier Eté de mon Enfance marque le retour de Shin Takahashi, l’auteur de Larme Ultime et de Fragment, en France. A travers son personnage central, cet épais one-shot de près de 400 pages est avant tout le portrait d’une jeune adulte, indécise quant à son avenir. Tout au long du récit, Haru nous fait part de ses interrogations à propos de ses choix de vie, de ses études artistiques, laissées de côté, et de son travail, guère passionnant, mais pourtant nécessaire à sa survie. Personnage fort, Haru est habitée de doutes extrêmement parlants pour toute personne située dans sa tranche d’âge. C’est donc sans mal que l’on s’identifie à elle et que l’on s’implique dans son aventure estivale.
Au contact de ses jeunes camarades, le tiraillement perpétuel de Haru, partagée entre l’adolescente insouciante et nostalgique et l’adulte raisonnable et tourmentée, se manifeste à de multiples reprises. Elle se place régulièrement, et logiquement en raison de la différence d’âge, en décalage vis à vis de ses amis et tempère leur fougue, quitte à passer pour la rabat-joie de service. Malgré cela, Haru se prend finalement au jeu et trouve, dans l’enthousiasme des enfants, une invitation à oublier, le temps d’un été, les soucis de son quotidien, et à retrouver la fantaisie, la naïveté et la liberté de ses jeunes années. La moindre activité devient ainsi l’occasion d’une grande aventure et de moments de bravoure, durant lesquels chacun peut jouir, un court instant, d’un statut de héros. Ces vacances, un peu forcées, constituent donc une vraie parenthèse pour Haru. Elles lui permettent de faire le point, de se vider la tête et de se ressourcer avant de repartir de l’avant.
Cependant, l’été de Haru ne se résume pas qu’à un immense jeu. En effet, suite à une malheureuse découverte faite par elle et Taro, l’un de ses jeunes amis, l’oeuvre prend des accents plus sérieux et angoissants. Le titre perd alors de sa fraîcheur enfantine et de son entrain et nous fait ponctuellement craindre le pire pour les personnages. On se rapproche ici d’un thriller, mystérieux et passionnant, basé sur la résolution d’une affaire, finalement assez anecdotique, qui nous tient en haleine jusqu’au bout.
Le Dernier Eté de mon Enfance nous permet de retrouver le style graphique si caractéristique de Shin Takahashi. Brouillon et souvent plus proche du crayonné que du dessin fini, son trait se révèle une nouvelle fois expressif et vivant. Certains décors sont magnifiques et mettent parfaitement dans l’ambiance. Du calme estival d’un village isolé à l’obscurité nocturne d’un cimetière, en passant par la rigueur d’une tempête en pleine nature, les différentes atmosphères de l’oeuvre sont particulièrement bien rendues et immergent sans mal le lecteur dans le récit. Toutefois, on peut regretter une certaine confusion, due à des cases peu claires, ainsi que l’hystérie fatigante de certains passages humoristiques dans lesquels les répliques fusent dans tous les sens.
Malgré ces quelques réserves, Le Dernier Eté de mon Enfance est donc une jolie réussite qui permet, le temps d’une lecture copieuse, de se divertir et se ressourcer comme si on avait partagé les vacances d’été de Haru. Principal atout de l’oeuvre, les sentiments et les ambiances que l’auteur a voulu instaurer sont palpables, permettant l’implication du lecteur dans le récit et soulignant la qualité du travail fourni par Shin Takahashi.
3 commentaires
Jevanni
Je me demandais si tu allais en parler et ce fut le cas. Tu as l’air de connaître le trait de Shin donc ça m’étonne que tu dises que son trait est brouillon alors qu’il l’a toujours été, peut être un peu moins dans Saikano mais cela reste tout de même une caractéristique de son style qui est ainsi à double tranchant, à la fois si expressif et si brouillon. Cette impression de dialogue qui fuse est aussi présente dans Fragments, je n’en suis pas très fan non plus à vrai dire mais au moins ça rend le tout plus vivant.
Corti
Plus je lis ton blog, plus je me dis que tu sembles avoir bon goût
« Semble », car je n’ai pas lu les one shots que tu as cité, mais ça se corrigera dans l’année, je pense.
David
Merci pour vos commentaires.
Jevanni :
Ma remarque sur le trait brouillon de Shin Takahashi visait davantage à le décrire qu’à le critiquer. Elle s’adresse à un lecteur qui ne connaîtrait pas encore cet auteur. Peut-être n’étais-je pas assez clair. Ce n’était en aucun cas un reproche, d’autant que j’aime beaucoup son dessin (qui, je trouve, dégage quelque chose de particulier).
Pour les dialogues qui fusent, mon sentiment est proche de ce que peut ressentir un adulte pris au milieu d’enfants agités et, en cela, c’est plutôt bien venu dans cette oeuvre. Effectivement, on retrouve cela dans Fragment et c’est en partie que pour cela que j’ai abandonné ce titre.
