Mang'Impressions : Chroniques de lectures de mangas

L’Age de Déraison

Ecrit par David le 11 janvier 2010
L'Age de Déraison

L'Age de Déraison

L’Age de Déraison est un recueil de nouvelles, pas si indépendantes que cela les unes des autres, que l’on doit à Otsuichi et à Usamaru Furuya (que l’on commence à bien connaître après la Musique de Marie, le Cercle du Suicide et Tokyo Magnitude 8). Chaque histoire, composée d’un ou deux chapitres d’une vingtaine de pages, nous dresse le portrait d’un adolescent.

Refus de grandir, solitude, relation difficile avec les parents, échec scolaire, manque de confiance en soi, les différents personnages présentés souffrent d’un malaise profond et cherchent à fuir la réalité en se réfugiant dans un monde imaginaire. Selon les cas, celui-ci leur sert de prétexte visant à justifier leurs difficultés, de passage initiatique pour les surmonter ou de bouclier leur permettant de s’en protéger et de les oublier. La réalité y est représentée de manière difforme, transformée par leurs tourments. Cela nous donne l’occasion d’apprécier le travail graphique remarquable d’Usamaru Furuya, qui donne corps aux visions fantasmagoriques des adolescents et nous offre une réalité décalée saisissante.

Même si les stéréotypes et les grosses ficelles ne nous sont pas toujours épargnés, les différentes histoires s’avèrent plutôt fines, bien construites et, pour certaines, très touchantes. Les meilleures nouvelles sont certainement celles en deux chapitres, qui nous donnent davantage de temps pour nous attacher aux personnages, ainsi que celles qui nous font deviner, au fil des pages, les raisons du comportement du protagoniste.

Si les histoires fonctionnent bien, c’est principalement grâce aux différents personnages, crédibles et bien décrits. Selon leur malaise, leur caractère et leur volonté de s’en sortir, on sympathise rapidement avec certains d’entre eux, tandis que d’autres paraîtront plus antipathiques. Hésitant en apparence, le dessin traduit avec aisance leurs sentiments et, par les postures ou les mimiques qu’il leur attribue, contribue à leur donner vie.

De manière générale, les personnages les plus attachants sont ceux qui parviennent à reprendre pied par eux-mêmes. Pour les autres, il faudra un final ébouriffant et surréaliste, annoncé dans les différentes nouvelles, dans lequel leurs tourments respectifs se mêlent pour prendre corps dans la réalité. La fin, optimiste, fait que l’on ferme le livre avec un sentiment positif. Peut-être est-ce trop beau pour être vrai, mais on est heureux de voir qu’un nouveau jour se lève pour chaque protagoniste, désormais prêt à faire face à la vie.

A travers des situations volontairement exagérées, L’Age de Déraison se veut une peinture de l’adolescence et de ses troubles, ici poussés à leur paroxysme. Quoique inégales, les différentes histoires sont bien menées et, grâce à leurs protagonistes, ne laissent pas indifférent. Le tout est complété par un travail graphique intéressant, sur lequel on ne manque pas de s’attarder. Ma première nouveauté de l’année est donc clairement une excellente pioche.

3 commentaires

Deuz

Le 11 janvier 2010 à 13 h 52 min

Superbe article qui me donne énormément envie de lire ce one-shot. Surtout que j’avais adoré La Musique de Marie et presque tout autant apprécié Le Cercle du Suicide de Usamaru Furuya. Merci pour le tuyau !

FFenril

Le 11 janvier 2010 à 23 h 56 min

Effectivement, ça donne bien envie. J’essaierai de me souvenir de ce livre (ou de son auteur) la prochaine fois que je passerai chez un libraire 🙂

Mang'Impressions » Je ne suis pas un homme – Tome 1

Le 19 mai 2011 à 21 h 43 min

[…] illustrant l’imaginaire et l’intérieur de ses personnages (je pense notamment à L’Âge de Déraison). Dans ce nouveau manga, il poursuit dans cette direction et, grâce à Ôba, dispose de la caution […]

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